Pourquoi les 90 km du Mont-Blanc ?

Le vendredi 27 juin, à 4h10 du matin (SAS 2 pour les intimes), je prenais le départ de la des 90 km du Mont-Blanc, pour un périple magnifique tout autour de Chamonix, voire plus. C’était ma deuxième participation, après une première expérience en 2023. J’avais alors mis 22h30 pour boucler ce parcours d’exception. Cette année, je revenais avec un objectif clair : finir à nouveau (je suis un coureur moyen et c’est toujours mon premier objectif sur de telles distances), bien sûr, mais aussi faire mieux, progresser, me dépasser.

Si j’ai choisi à nouveau cette course, ce n’est pas un hasard. Le tracé est à couper le souffle : du lever de soleil sur le Brévent face au Mont-Blanc, à la majestueuse montée vers le barrage d’Émosson en Suisse, en passant par la vue spectaculaire sur la mer de glace depuis le Montenvers. Tout est beau, tout est brut. La technicité du terrain, les longues ascensions, les passages rocheux et les pierriers (notamment vers Émosson ou dans la montée finale vers Montenvers) rendent cette course exigeante mais exceptionnelle pour tout amoureux de montagne.

Au-delà de l’aspect sportif, c’est une aventure humaine, presque une introspection que l’on vit, dans un environnement que j’aime profondément : la montagne. C’est aussi ce qui m’a poussé à me réinscrire et j’ai eu une nouvelle fois la chance d’être tiré au sort.

Retour sur la préparation

Ma préparation pour ces 90 km a vraiment pris forme à partir de février, sous les conseils d’un coach. Le plan était structuré autour de 3 à 4 sorties hebdomadaires, avec une séance de renforcement musculaire en complément. Une nouveauté pour moi qui m’entrainais seul et sans renforcement ou presque… Les week-ends étaient consacrés aux sorties longues en enchaînement, souvent samedi et dimanche, pour travailler sur la fatigue et simuler les efforts prolongés que demande un ultra.

Le principal défi a été de travailler le dénivelé en région parisienne. Autant dire que les montagnes se font rares ! J’ai donc multiplié les allers-retours sur les rares pentes disponibles, en intégrant des blocs assez soutenus (au seuil ou au max). En avril, j’ai eu la chance de passer une semaine aux Contamines-Montjoie, où j’ai pu faire du volume et cumuler du D+.

Par rapport à 2023, j’ai renforcé la qualité et la densité des entraînements : plus de dénivelé, des sorties rapprochées, et davantage de travail musculaire.

Côté nutrition, je suis resté fidèle à mon approche : écouter mon corps mes envies en tant que simple coureur amateur. J’ai la chance d’avoir un estomac plutôt robuste, et j’ai pris l’habitude de toujours manger avant les sorties longues, histoire de l’habituer aux efforts digestifs en conditions réelles.

Le jour J – Le départ

La nuit précédant la course a été difficile. Mal dormi, peu mangé, et réveillé bien avant le réveil. Un départ à 4h10 du matin, ce n’est jamais facile : le corps est encore à moitié endormi. J’étais stressé, concentré, en attendant simplement que ça parte. J’ai toujours cette sensation de libération au moment du départ.

Sur la ligne de départ, l’ambiance était à la fois calme et intense. Les coureurs autour parlaient peu. Il faisait encore nuit noire, les frontales allumées. Un silence presque solennel régnait, coupé seulement par la voix reconnaissable de Ludovic Collet, le speaker emblématique du trail, que j’ai eu le plaisir de croiser juste avant le départ.

Je suis parti assez vite (tout est relatif bien entendu), comme souvent, pour éviter les bouchons dans le premier single. Les premières sensations étaient bonnes, même si la montée vers le Brévent reste une mise en jambe brutale, surtout dans le noir et avec la fin du col plus technique et minérale, où l’altitude commence à se faire sentir.

Segment 1 : Chamonix → Le Brévent → Planpraz → Le Buet

Dans mon esprit j’avais segmenté la course en 4 à savoir Chamonix – Le Buet, Le Buet – Emosson, Emosson – Les Bois, Les Bois – Chamonix. Avec la chance pour mois d’avoir quatre ravitaillements assistés sur le parcours.

La montée vers le Brévent donne immédiatement le ton : longue, raide à la fin, exigeante. Pour un coureur habitué à la région parisienne, l’altitude se fait sentir, et le souffle manque un peu. Mais malgré tout, la magie opère très vite. Le lever du soleil sur le Mont-Blanc, en face, met fin à la nuit et on a le souffle coupé par ce que l’on voit

La descente vers Planpraz permet de relâcher un peu, de dérouler, tout comme le magnifique sentier en balcon jusqu’à la Flégère. Mais très vite, il faut remonter à la Tête aux Vents. Avec en prime un bouquetin sur le tracé.

Physiquement, je ne me suis pas senti en super forme sur cette première portion, sans trop savoir pourquoi. Pas de souci technique ou digestif, mais un peu d’inertie. L’ambiance était globalement calme, mis à part les nombreux encouragements dans Chamonix (plutôt sympa vue l’heure très matinale du départ), avant que le peloton ne s’étire dans le silence des montagnes jusqu’au Buet.

Segment 2 : Buet → Chalet de Loriaz → Barrage d’Émosson (Suisse)

C’est à partir de là que la chaleur a commencé à frapper fort. Heureusement, j’avais anticipé en prenant une troisième flasque, ce qui m’a bien aidé à partir d’Emosson. La montée vers les Chalets de Loriaz est somme toute assez longue mais sans réelle difficulté. A contrario, la montée vers le barrage d’Émosson, est quant à elle difficile surtout la dernière partie, très exposée au soleil, très raide et en plein pierrier. Cette année j’ai dû m’arrêter deux ou trois fois pour souffler quelques secondes. J’ai eu un énorme coup de mou sur cette partie, ça aura été le passage le plus difficile de la course pour moi.

Segment 3 : Barrage d’Emosson → Chaletard → Tête de l’Arolette → Le Tour

Après Emosson point de repos sur le parcours. La descente sur le Chaletard est ultra technique. La pente est raide ! Un passage est même équipé d’une corde pour aider les coureurs. C’est éprouvant, surtout qu’en bas, une nouvelle montée infernale nous attend, exposée plein soleil jusqu’à la Tête de l’Arolette. J’y ai vraiment souffert de la chaleur, en étant dans le dur presque tout le long.

Heureusement, la suite vers Le Tour est plus roulante. Il faut d’ailleurs absolument conserver de l’énergie pour pouvoir courir entre La tête de l’Arolette et les Bois.

Segment 4 : Le Tour → Les Bois → Montenvers → Chamonix (arrivée)

RAS sur la partie entre Le Tour et Les Bois. J’ai fait un « gros » ravitaillement à Le Tour avec dernier changement de chaussettes, vérification des ampoules et de l’alimentation solide, mon assistance m’avait apporté du riz.

Après les Bois, c’est la dernière grosse montée ! Et, par rapport à 2023 c’est la première fois que je faisais la montée vers Montenvers de jour, et ça change tout. Le début est plutôt roulant, mais dès que sort des sous-bois la pente se redresse, les appuis deviennent plus incertains, et la fatigue pèse dans chaque geste. Il faut grimper de grosses marches, et même une échelle métallique !

Après le ravitaillement du Montenvers, et un bon bouillon j’ai ressenti un second souffle inattendu. Le soleil déclinait lentement sur la vallée, la nuit tombait doucement, avec un liseré rouge à l’horizon, avec en Bas Chamonix éclairé. Quelle vue, quel spectacle ! J’en ai encore des frissons rien qu’en y repensant.

Mais la descente finale, aussi belle soit-elle, a été un vrai défi pour mes quadriceps déjà bien entamés.

En sortant du bois, sur le parking avant Chamonix, je me suis remis à courir. Avec cette sensation de « ça y est me voilà arrivé ». Même à 1h du matin, il restait encore des spectateurs pour applaudir les arrivées, toujours très sympa lorsque l’on arrive épuise.

Les 90 km du Mont-Blanc en résumé

Cette deuxième participation aux 90 km du Mont-Blanc restera longtemps gravée dans ma mémoire. Finir une telle course, c’est toujours une victoire en soi, mais cette année, j’ai aussi réussi à faire mieux qu’en 2023 : 1h40 de moins sur le chrono, avec de bien meilleures sensations tout au long du parcours. Cela m’a même donné envie d’aller tester un format plus long.

Ce que je retiens avant tout, ce n’est pas seulement le temps gagné, mais l’expérience plus maîtrisée, plus lucide. J’étais mieux préparé, j’ai mieux géré les difficultés, les temps faibles, la chaleur. Et malgré les coups de mou (notamment à Émosson ou dans la montée vers la Tête de l’Arolette) je n’ai jamais lâché.

Au-delà de l’aspect sportif, ce que j’aime c’est cette introspection que l’on vit. Ces moments de joie, de difficulté ses paysages et l’ambiance. Car s’il y a aussi bien une chose à souligner, c’est la bienveillance des bénévoles qui sont toujours là quand on a besoin et l’ambiance sur les sentiers avec de nombreux encouragements.

Et puis comme à chaque fois le passage de la ligne d’arrivée avec son lot d’émotions, ici avec mes enfants, au bout de la nuit, à Chamonix.

Mention spéciale de ce week-end Marathon du Mont-Blanc c’est aussi la possibilité pour les enfants de participer à une course comme les grands. Sur le départ du 23 km et du 10 km, avec speaker, médaille et chrono. Une superbe expérience de course pour les enfants à partager en famille.

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